mardi 13 avril 2021

Coordination d’équipes agile : Pourquoi un rôle dédié de Release Manager ?

Interview de Souraya Didane, Release Manager en mission chez BPI France, Groupe Micropole.  

  • Quel est votre parcours ? Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre le Groupe Micropole ? 
J’ai un parcours plutôt atypique : je suis diplômée d’un Master 2 en chimie, et j’ai notamment une spécialisation en cosmétique et dans les domaines des produits naturels et de l’extraction des molécules thérapeutiques. Le secteur étant peu dynamique en termes de recrutement, j’ai décidé de suivre une formation en informatique pendant 6 mois, puis de me tourner vers le métier de développeur Datastage chez BPI France. Comme j’apprécie beaucoup échanger et travailler avec des profils divers, ma responsable m’a proposé d’évoluer vers un poste de chef de projet. Suite à une réorganisation au sein de BPI France, je suis devenue chef de projet junior au sein d’une équipe de 5-6 personnes.  

 

  • Pouvez-vous nous décrire votre quotidien ? Votre fonction a-t-elle évolué ? 
Mon rôle a rapidement évolué et mon périmètre d’action s’est significativement élargi. Les effectifs sont passés de 10 à 50 personnes et les équipes ont été repensées et organisées par pôle (finance, risk, investissements, etc.). Mon client avait donc besoin d’une personne capable d’assurer la coordination et le suivi des équipes de développeurs, de business analysts et d’intégrateurs. Aujourd’hui, je suis Release Manager (RM) chez BPI France : ma mission est d’assurer la coordination entre ces différentes équipes, non pas en mode agile mais plutôt en mode classique cycle en V.  

 

  • Concrètement, quelles sont vos missions en tant que Release Manager ? 
Mon rôle de coordination et d’accompagnement se fait à la fois sur le plan technique et fonctionnel. Je rassemble les informations, les synthétise et les traduis pour les intégrateurs des différents pôles. Etant donné que chaque métier formule des demandes d'évolution spécifiques, nous devons communiquer plus largement et avoir de la hauteur de vue : je mets en place et gère des plannings annuels des différentes releases pour fixer les deadlines et donner le rythme des livraisons sur toute l'année, mais aussi les plannings des sujets urgents ou imprévus en prenant en compte les contraintes des différentes parties prenantes. Dans la phase de préparation, je recueille et synthétise les besoins des business analysts. Les plannings font l’objet d’échanges et doivent être validés par les responsables des pôles, des domaines, ainsi que par l'équipe intégration. Et qui dit planning, dit également outils et process. Ma problématique de départ était l’absence d’outils, j’ai dû donc me débrouiller avec les moyens du bord (Excel, PowerPoint) tout en prenant en compte les contraintes de chacun afin d’avoir un affichage plus clair. Après plusieurs demandes, le client a fini par accepter de me donner accès à l’outil MS Project. 

 

  • D’après toi, quelles sont les qualités indispensables d’un bon Release Manager ? 
Je pense que l’empathie, la transparence, la patience et la persévérance sont des qualités essentielles. Être Release Manager, c’est par définition avoir un état d’esprit différent : c’est savoir passer d’un esprit de création, de correction, d’amélioration à un état d’esprit de challengeur, avec une volonté d’assembler et de questionner sur la qualité de ce qui est produit. Le Release Manager est responsable de la qualité, garant du respect de la date de la livraison et de la maîtrise des coûts de la mise en production. Il doit être au service de son équipe : il doit prendre en compte et intégrer les changements proposés et les communiquer aux utilisateurs/métiers du contenu de la release. 

 

  • Les problématiques et les enjeux ont-ils évolué chez votre client ? Constatez-vous des évolutions sur les projets que vous menez ? 
Faire évoluer l’application de manière transverse et décloisonnée a nécessité beaucoup d’efforts et de réactivité : conçue à l’origine pour gérer les risques, l’application a exigé des évolutions, notamment la possibilité de faire des reportings et d’alimenter d'autres applications. La conduite du changement a été boostée avec l’arrivée d’un nouveau DSI et d’un nouveau CTO qui ont partagé et mis en place une nouvelle vision de l'organisation. Grâce à cette relation de confiance, nous avons pu répondre à ce challenge avec succès, comprendre rapidement le besoin, faire preuve d’une grande adaptabilité et prendre des initiatives en parfaite autonomie sur les process. 

 

  • Quels sont les bénéfices et les résultats apportés ? 
La mise en place des plannings et l’évolution des process ont permis aux utilisateurs/métiers de gagner en autonomie et en réactivité, et de faciliter les échanges entre les différentes équipes. 

 

  • Quid des certifications ? 
J’ai pu effectuer des formations en matière de gestion de projet et l’agilité, je prévois de passer les certifications prochainement.

 

  • Aujourd’hui, quels sont les enjeux métiers que vous rencontrez ? 
A l’ère de la digitalisation des données, les métiers ont tendance à avoir besoin d’accéder à énormément d’informations et en temps réel, ce que la majorité des systèmes actuels ne permet pas. C’est pour cela que l’on note un engouement croissant pour le Big Data.

 

  • Constatez-vous des évolutions sur les projets BI que vous menez chez vos clients ? 
Oui, énormément. Les projets BI sont en constante évolution afin de s’adapter aux nouveaux besoins métier tout en tirant profit des avancées technologiques.

 

  • Pouvez-vous nous donner quelques exemples de transformation globale d’entreprises devenues « data centric » / « data intelligentes » ? 
Lors d’une mission chez une grande maison de Luxe, le top Management avait besoin d’accéder aux informations concernant les clients sur tablette et Smartphone. Aussi, chez Bpifrance, nous avons commencé par décomposer l’application, qui était assez complexe et couteuse en maintenance, en petites parties puis de carrément la basculer sur une plateforme DATA avec de nouvelles technologies de type Big Data et Intelligence artificielle (projet toujours en cours), l’enjeu étant de permettre au métier d’exploiter un maximum de données.

 

  • En 2020, quelles tendances privilégient les entreprises avec la BI ? 
Les méthodologies utilisées pour la BI traditionnelle sont devenues caduques face aux nouvelles exigences des entreprises en termes d’agilité, de rapidité d’accès aux données et de finesse d’analyse. Par conséquent, et à mesure que le volume des données augmente, la demande d'outils de BI capables de recueillir, de filtrer, d'analyser et de présenter des informations exploitables augmente également. A mon sens, les entreprises privilégient aujourd’hui, en premier lieu, la qualité de la donnée. En effet, si elle n’est pas exacte, à jour, cohérente et complète, cela peut non seulement entraîner de mauvaises décisions, mais peut même affecter la rentabilité. En découle par la suite le data storytelling ou la narration des données qui ajoute un contexte aux statistiques et fournit l'histoire nécessaire pour transformer les idées en action. En 2020, le data storytelling approfondira la façon dont les entreprises utilisent les données pour découvrir de nouvelles perspectives. J’ajouterais aussi l’intérêt et la ferveur de plus en plus portés à l’intelligence artificielle qui promet d'accroître l'intelligence humaine en révolutionnant la façon dont nous traitons et analysons les données. De plus, cette technologie offre une nouvelle perspective en matière de BI et permet d'obtenir plus facilement des informations qui passaient auparavant inaperçues. Dans les années à venir, nous allons certainement nous orienter vers la XIA (Intelligence Artificielle Explicable) qui permet de justifier les décisions de manière intelligible.