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avril
2013

lundi 22 avril 2013

La valeur ajoutée de nos entreprises est dans le numérique

Tribune libre de Christian Poyau, Pdg de Micropole dans 01 Business - 11 avril 2013

Le thème de la compétitivité est (enfin) au cœur des débats macro-économiques français.  Deux thèses s’affrontent : le coût du travail versus le positionnement innovation/valeur ajoutée. Ma position sur le sujet est très claire : les charges qui pèsent sur les salaires en France sont, de par leur importance, le principal « boulet » qui freine l’action de l’ensemble des entreprises industrielles ou de services. Il n’en reste pas moins que le sujet de la valeur ajoutée ne doit certainement pas être négligé.

 

D’ailleurs, au niveau micro-économique, toutes les entreprises se concentrent sur ce levier qui est le seul sur lequel elles peuvent réellement agir. Comment être plus compétitif sur mon marché, vendre plus en touchant de nouveaux clients et fidélisant ceux existants ? Comment lutter, autant sur le marché domestique qu’à l’international, avec des concurrents disposant eux d’autres moyens d’actions ? La réponse est évidente : créer un avantage compétitif en se démarquant de la concurrence, ce qui est aujourd’hui, dans la très grande majorité des cas, lié à l’intégration des innovations technologiques. Il est donc indispensable pour chaque entreprise de les placer au cœur de sa stratégie.

 

Et c’est bien ce changement de paradigme que certaines entreprises n’ont pas encore pris en compte : largement au-delà d’un simple outil d’automatisation des taches sans valeur ajoutée, les technologies de l’information permettent maintenant d’inventer de nouveaux services, complètement différents, et cela en s’appuyant sur des processus métiers entièrement repensés.

 

Il est en effet bien loin le temps où les systèmes informatiques se contentaient de traiter des processus répétitifs (comptabilité, paye, …). Les retombées étaient certes immédiates mais n’impactaient en rien le métier de l’entreprise. La deuxième vague technologique des années 90 a commencé à faire évoluer l’organisation des sociétés, tout en restant éloigné des préoccupations des directions générales. Le milieu des années 2000 marque un tournant décisif : dirigeants et directions métiers prennent conscience des usages révolutionnaires offerts par les nouvelles technologies.

 

Aujourd’hui à l’ère du Web 2.0, du cross-canal, du multi-écrans, des technologies sans contact et autres, l’enjeu n’est plus à l’amélioration du fonctionnement d’une entreprise mais à son bouleversement ! En partant des avancées technologiques, il est donc nécessaire de refondre tous les processus métiers, en utilisant la richesse des multiples canaux à notre disposition, et tirant partie de la diversité de l’information issue des interactions entre les clients, les partenaires mais aussi les collaborateurs.

 

Certaines entreprises de secteurs très divers comme Nespresso, Nike, Kiabi ou Bureau Veritas, l’ont parfaitement compris et ont ainsi déjà totalement repensé leurs processus de vente, de marketing ou de logistique…. Un grand magasin à Tokyo a pour sa part mis en place dans sa vitrine les premiers mannequins interactifs au monde, utilisant la technologie Kinect. Ces mannequins, qui se synchronisent sur les mouvements des passants, sont utilisés pour les faire jouer et leur faire gagner des coupons de réduction en magasin. En une semaine, la notoriété sur les réseaux sociaux a augmenté de 500 % et les ventes en boutique de 130 %. Preuve que l’innovation séduit, interpelle, participe, voir crée le buzz, et a un impact direct et immédiat sur les ventes. Autre exemple, la compagnie Corsair, qui a équipé l’ensemble de son personnel navigant de tablettes tactiles, afin d’améliorer la remontée des rapports de vol et des réclamations passagers. Seulement 4 mois après la mise en place de ce nouveau processus, le délai de traitement des incidents est passé de 1 mois à 5 jours, et a impacté de façon inattendue la qualité et la rapidité des prestations des fournisseurs. Et que dire de l’intégration impressionnante des nouvelles technologies sur les nouvelles machines agricoles présentées lors du dernier Salon de l’Agriculture ?

 

Les preuves sont là, alors qu’attendent les autres entreprises pour passer à la vitesse supérieure ? Dans le contexte actuel de très forte compétitivité, où celles-ci se livrent une course permanente aux parts de marché, et où le moindre faux pas, le moindre retard pénalise l’entreprise, voire même peut lui être fatale, il est indispensable que l’ensemble des dirigeants français comprenne qu’analyser les nouvelles possibilités offertes par les technologies, pour ensuite déboucher sur la totale mise à plat et la refonte de leurs processus, est une nécessité absolue pour leurs entreprises. Et, point important, que la réussite de ce type de projet reste avant tout fortement conditionnée par l’implication du top management.

 

Toutes les entreprises sont donc condamnées à gagner ce combat de l’innovation et de la valeur ajoutée. Bonne nouvelle : nous disposons en France de réelles compétences dans ce domaine, que ce soit par la qualité de nos écoles d’ingénieurs ou par nos entreprises de services, représentées par le Syntec Numérique, qui maîtrisent parfaitement les nouveaux usages technologiques et sont surtout capables de les transposer au cœur de la stratégie métier des entreprises. En plaçant l’Économie Numérique au cœur de ses préoccupations, le Gouvernement a d’ailleurs aussi pris la mesure de ces enjeux. En attendant certainement de s’attaquer aux autres sujets qui freinent nos entreprises ...